Christopher Kulendran Thomas

La famille de l’artiste est originaire d’un lieu qui n’existe plus, l’Eelam tamoul. Durant 30 ans de guerre civile au Sri Lanka, ce territoire était gouverné par une organisation séparatiste d’inspiration néo-marxiste. Cette souveraineté a brutalement pris fin en 2009 lorsqu’un président autoritaire sri lankais a accédé au pouvoir grâce à l’appui des électeurs délaissés des milieux ruraux tout en attisant la haine raciale. Cette violence a engendré une libéralisation économique, favorisant ainsi l’émergence d’un nouveau marché local pour l’art contemporain. Les expositions de Thomas présentent des sculptures, des peintures et des œuvres sur papier faits par de jeunes artistes contemporains sri lankais reconnus. Ces œuvres ont été récemment achetées par Thomas pendant l’essor économique de cette époque « paisible », puis réintégrées par l’artiste, accordant ainsi une visibilité et une circulation internationale aux œuvres sri lankaises. Ce processus artistique démontre le caractère « contemporain » des limites du pouvoir global, limites par lesquelles le contemporain lui-même est conditionné. Ce projet fait appel à la performance apparente de la démocratie, un système permettant aux nations d’éviter une responsabilité internationale. Au Sri Lanka, l’ampleur du « contemporain » alimente l’économie qui se voit dépendante du nettoyage ethnique, opprimant de ce fait la vision révolutionnaire d’Eelam. Mais à quoi pourrait ressembler un nouvel ‘Eelam’ si l’idée d’un État autonome fondé sur l’égalité des citoyens était imaginée comme un réseau décentralisé plutôt qu’une nation limitée par un territoire défini?

New Eelam est une œuvre de longue durée qui prend la forme d’une start-up : une entreprise technologique immobilière fondée par l’artiste avec l’aide de collègues afin de créer une nouvelle forme de logement régit par un abonnement flexible et universel. L’entreprise rassemble des spécialistes dans les domaines des technologies, de l’immobilier, de l’architecture, de la science des données et de l’art. Le projet s’inspire du rôle de l’art contemporain quant à la création de nouveaux modes de vie et de nouvelles formes de main-d’oeuvre, un processus qui se rapproche de l’urbanisme. Le modèle d’affaires de New Eelam est inspiré de la réorganisation de certaines opérations structurelles de l’art (et de certaines relations de propriété qui sont au cœur même du système économique actuel) en valorisant l’accès collectif plutôt que la propriété individuelle. Au lieu de s’opposer aux systèmes prédominants, cette entreprise post-capitaliste s’interroge sur la façon dont un nouveau système économique pourrait évoluer sans friction avec celui déjà établi. Ce projet envisage l’avenir de la citoyenneté dans une ère bouleversée par l’innovation technologique, questionnant ainsi le rapprochement plausible entre la constitution d’une entreprise à celle d’un État,et la capacité d’une marque communiquer à la manière de l’artiste.

Christopher Kulendran Thomas a participé à la 7ème Bi-City Biennale de Shenzhen (2017), la 11ème Gwangiu Biennale (2016), la 9ème Berlin Biennale (2016) et la 3ème Dhaka Art Summit (2016). Ses oeuvres ont été présentées dans de nombreuses expositions, notamment « I was raised on the Internet », Museum of Contemporary Art Chicago (2018), « New Eelam : Tensta », Tensta konsthall, Stockholm (2017), « Christopher Kulendran Thomas », New Galerie, Paris (2017), « Bread and Roses », Museum of Modern Art in Warsaw (2016), « moving is in every direction. Environments – Installations – Narrative Spaces», Hamburger Bahnhof – Museum für Gegenwart, Berlin (2017), « Co-Workers : Network As Artist », Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris (2015) et « Art Turning Left : How Values Changed Making », Tate Liverpool (2013).

FORMATION

2009 – 2012
MFA, Goldsmiths, University of London